Encore une surprise et pour moi une belle et grande découverte qui nous vient du Canada, l'album Origin of Stars a été enregistré en 2010 à Ottawa, Montréal et Regina, il propose onze titres composées par Kyrie Kristmanson qui les chante, en s'accompagnant sur certaines à la guitare acoustique et les enluminant souvent par des interventions délicates de sa trompette car elle est aussi trompettiste. Essayer de définir un genre, c'est lui collé une étiquette dont je vais m'en abstenir car certains y entendrons plus du folk, d'autres du jazz... En tout cas, avec ce disque, nous sommes bien dans un cadre NO FORMAT ! Sur toutes les compositions, les musiciens qui accompagnent Kyrie Kristmanson sont remarquables puis il y a cette chanson en français Oh, Montmartre qui donne le désir d'y retourner une fois encore... Et toujours.
Cet album 'Chamber Music" a une dimension religieuse, une aura spirituelle profonde, la nuit est son église, une petite église de la taille d'une chambre, une petite nuit au milieu de laquelle s'élève des plages de prières musicales que la kora de Ballaké Sissoko et le violoncelle de Vincent Segal (ré)inventent afin d'apporter sérénité et paix aux hommes qui prendront le temps n'en plus d'entendre mais d'écouter. " Une pièce nue, trois sessions d'enregistrement dans le studion de Salif Keita, le cocon protecteur de la nuit malienne. À l'écart de l'agitation des hommes, Sissoko & Segal ont chassé de leur esprit tout ce qui peut éloigner un musicien de son art pour se concenter sur l'essentiel : l'entrelacement de leurs chants intérieurs ". - Notes extraites d'un livret de présentation promotionnelle des productions No Formats.
Paru en 2009, 'Chamber Music' est le premier album retenu pour constituer le magnifique et magique coffret 'Mali' constitué de quatre disques vinyles édité par NO FORMAT en 2015
Canadienne, de parents d'origine haïtienne née à Montréal en 1985, au nom de famille de la Voodoo Queen de La Nouvelle-Orléans, Mélissa Laveaux puisse dans ses racines parentales mais aussi le folk et le blues pour interpréter un répertoire de chansons en anglais, français et créole haïtien qu'elles composent et qui constituent pour l'ensemble la richesse de son premier album paru en 2010 sur NO FORMAT ! (Depuis, il y a eu un second opus) mais également, avec une sensuelle sensibilité de velours multiculturel, elle y inclus avec une jolie délicatesse trois reprises judicieusement choisies Dodo Titit (Traditionnel), Neddle in the Hay d'Ellioth Smith) et le très classieux I Want to be Evil de L. Judson & R.Tyler.
-Identité en crescendo de Rocé, paru en 2006, sur le label NO FOMAT ! est l'un des albums majeur, si ce n'est l'album majeur du rap "français"... ...en français en tout cas. -
Le brûlot, JE CHANTE LA FRANCE, titre qui ouvre l'album Identité en crescendo, est issue d'un album inespéré pour le rap "français", ce rap devenu (f)Rancier et rantier avec des artistes-caricatures qui n'en peuvent plus d'éculer dans leurs compositions les "sampliternelles" même clichés. Déjà, ici, avec cet album, Rocé musicalement développe du son qui est beaucoup plus proche du jazz que de toutes autres choses et la présence du vétéran saxophoniste de légende du free-jazz, Archie Sheep, sur deux titres : Seul & Identité en crescendo, qui nous renvois directement à la case de la Beat Generation, démontrent que Rocé n'est pas artiste à donner dans les images d'Epinal mais dans une dénonciation qui est en droite ligne de filiation en prise avec les consciences sans concession de Guy Debord avec sa critique sociale et culturelle de 'La société du spectacle' et aussi celle Pierre Bourdieu de par son élaboration et énonciation du concept de 'Déterminisme sociale' qui fait surgir la problématique des replis identitaires qui engendrent l'intolérance et les racismes de tous azimuts, toutes formes. Un album donc extrêmement mature. Il n'y a bien que M C Solar , à ses débuts, qui a réalisé des opus presque aussi puissants mais là nous tout de même encore plus dans une sphère, à mon sens plus haute. Les textes d'une rare pertinence, lucidité sont d'une écriture pointue, comme le choix des samples jazzy's, qui servent merveilleusement l'implacable vraie pensée, et non dé-pens(é)es inutiles, d'un artiste rare et unique pour un album hors-norme dans un style devenu, hélas, si normatif, sur le label pacifique du label NO FORMAT !
KANGABA est un album extra-ordinaire qui atteint des sommets célestes. Lansiné Kouyaté au balafon et David Neerman aux xylophones, tantôt acoustique, tantôt électrique, développent, épaulés à la basse par Ira Coleman et Laurent Robin à la batterie, sur une dizaine de compositions, une musique délicates, cristallines qui aussi prend bien souvent une dimension toute hendrixienne, enfin de mon point de vue, de par des envolées absolument lyriques du balafon électrique à l' unisson, le titre Bamanan est époustouflant avec des sons devenant irréelles. KANGARA est essentiellement un disque instrumental mais mentionnons la magnifique chanson Touma ou Mamani Keita vient prêter sa voix.
À l'aciif de Kouyaté-Heerman, d'autres productions sont parues chez NO FORMAT ! Nous n'avons donc pas fini de parler de ce duo sacrément atypique et inspiré.
Etape Reggae via le label NO FORMAT avec l'album de Faya Dub, groupe français, World Wide Reggae qui pour moi tient plus du ska que du reggae. Ce disque est essentiellement composé de titres instrumentaux, seulement trois chansons, qui sur des rythmiques jamaïcaines, dans le plus pur style du genre, accueillent des influences mélodiques des quatre coins du monde. Les musiciens sont véritablement excellents et certaines de leurs interventions carrément jazz. Un album très cosmopolite et universel au final. World Wide Reggae, paru en 2006, ayant disparu du catalogue actuel de NO NORMAT, il est devenu assez difficile à trouver.
Julia Sarr, artiste Sénégalaise, chante en Woloff, tandis qu'ici Patrice Larose dans une tradition flamenco revisitée et incroyablement (ré)inventée et avec les renforts du percussionniste Mino Cinelu, de Youssou N'Dour, sur Set Luna Djamonodjî, et Leïty M'Baye, sur Yitté, qui viennent apporter leur chant, c'est un album d'une rare émotion que ce Set Luna qui sur certaines compositions, un spleen très profond [Guem, Xalé Bù Ndàw] et j'ose dire que l'on perçoit là, du moins pour ce qui me concerne, ce que signifie le concept d'anomie et les vibrations qui en sont distillées lorsque l'on recherche à l'exprimer en Musiques. Sur ce disque, il y a bien-sûr des titres tel Namana qui pourraient plus enjoués, moins "triste" mais si l'on est bien attentif à l'écoute, on est saisis au coeur, à l'âme par un blues profond car le déploiement de la Musique de l'album Set Luna n'a d'égal que certaines amplitudes spirituelles les plus profondes que l'on retrouve dans de lointaines productions traditionnelles et acoustiques du blues et du Gospel (je pense à Skip James, Blind Willie Johnson et son épouse, Reverend Davies Junior et Leon Pinson). Et même que Yow Laï Xar, sur des radios d'Humanité intelligente ne pourrait être qu'un magnifique succès populaire. Ce disque c'est de la Musique Sacrée.