CHANSON
DE BROR GUGNAR JOHNSON
C’est
ta voix moulinée par un vieux gramophone
C’est
ta voix diffractée sur une carte son
C’est
ta voix veloutée à la Paolo Conte
C’est
ta voix noyée dans le whiskey d’une carafe
C’est
ta voix qui perce l’obscurité de la caverne
C’est
ta voix qui excite un ressort de guimbarde C’est ta voix qui
martèle les
/ tambours du Bronx
/ tambours du Bronx
C’est
ta voix qui sonne les trompettes de la révolution zapatiste
Et
les cloches de l’enfer se bousculent sous les voûtes de l’iceberg
Lui
qui n’a pas de tombe
Lui
le sinistre épouvantail pendu à un arbre glacé
De
la forêt de cristal
Dans
le demi-jour blême du soleil de minuit
Chante
pour qu’il reste outre-mort une fois pour toutes
Chante
pour qu’il ne revienne plus apporter son enfer sur la terre
Ploc-ploc-ploc-ploc
la pluie goutte sur le champ de coton
Il
gémit le serpent il n’est ni blanc ni noir
Ni
diable ni bon dieu mordre c’est son destin
Il
gémit le serpent pleure de repentir
Mais
ses remords n’y peuvent rien
C’est
la douceur du printemps qui a fait fondre la neige
Et
la crue de son âme qui a tout emporté
Range
ton couteau mon frère
Range
ton couteau si tu ne veux pas t’en servir
Et
lave-toi dans l’eau de tes rêves
C’est
ta voix qui hèle les fées dans les vapeurs de la brume
C’est
ta voix qui dégèle les mares à feux-follets
C’est
ta voix qui chevauche à cru le vent à travers la steppe
Ta
guitare s’enfonce pas à pas dans la boue du chemin
Et
te conduit où tu dois aller
Tu
n’as aucune raison d’avoir peur
Ta
mère s’appelle Mary Lee et elle t’a dit
Que
les yeux de la grande faucheuse ne se poseront pas sur toi
Car
il n’existe pas de cercueil dont tu ne saurais t’échapper
Francis
Carpentier
Note :
Bror Gunnar Janson est né en 1986 dans le petit village suédois de Lenum. Très jeune il est initié au blues par son père qui est contrebassiste dans le groupe Serve You to Right to Suffer - ce nom est un hommage à John Lee Hooker dont c’est le titre l’une de ses compositions et l’un de ses très nombreux albums (1965) -. Encore gamin, Bror Gunnar Janson fait ses premières armes dans le groupe de son père, du violoncelle jusqu’à la basse électrique en passant par la contrebasse et le saxophone.
En
2012, sort son premier album solo– à 100 exemplaires mais réédité
depuis -. C’est l’album d’un homme-orchestre qui comme sur
scène permet de découvrir un blues âpre et épuré que Bror Gunnar
Janson interprète seul en jouant en même temps de la guitare, de la
grosse caisse et tout en chantant. Il est tout aussi talentueux dans
ses propres compositions que dans ses adaptions de classiques
traditionnels auxquels il apporte indéniablement une touche très
personnel que l’on peut qualifier de « près de l’os ».
En 2014, son second album : Moan Shake Moan, confirme que
Bror Gunnar Janson est l’une des jeunes valeurs les plus solides
du blues actuel et qui nous permet de constater que le blues le plus
authentique n’est toujours pas moribond.
Christian-Edziré
Déquesnes

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