lundi 13 mars 2017

BROR GUGNAR JOHNSON - PLATS DU JOUR [revisité] - 9.


CHANSON DE BROR GUGNAR JOHNSON

C’est ta voix moulinée par un vieux gramophone
C’est ta voix diffractée sur une carte son
C’est ta voix veloutée à la Paolo Conte
C’est ta voix noyée dans le whiskey d’une carafe
C’est ta voix qui perce l’obscurité de la caverne
C’est ta voix qui excite un ressort de guimbarde C’est ta voix qui martèle les
                                                                                                          / tambours du Bronx
C’est ta voix qui sonne les trompettes de la révolution zapatiste
Et les cloches de l’enfer se bousculent sous les voûtes de l’iceberg
Lui qui n’a pas de tombe
Lui le sinistre épouvantail pendu à un arbre glacé
De la forêt de cristal
Dans le demi-jour blême du soleil de minuit
Chante pour qu’il reste outre-mort une fois pour toutes
Chante pour qu’il ne revienne plus apporter son enfer sur la terre
Ploc-ploc-ploc-ploc la pluie goutte sur le champ de coton
Chante pour que jamais le fouet d’un commandeur ne me zèbre le dos

Il gémit le serpent il n’est ni blanc ni noir
Ni diable ni bon dieu mordre c’est son destin
Il gémit le serpent pleure de repentir
Mais ses remords n’y peuvent rien
C’est la douceur du printemps qui a fait fondre la neige
Et la crue de son âme qui a tout emporté
Range ton couteau mon frère
Range ton couteau si tu ne veux pas t’en servir
Et lave-toi dans l’eau de tes rêves

C’est ta voix qui hèle les fées dans les vapeurs de la brume
C’est ta voix qui dégèle les mares à feux-follets
C’est ta voix qui chevauche à cru le vent à travers la steppe
Ta guitare s’enfonce pas à pas dans la boue du chemin
Et te conduit où tu dois aller
Tu n’as aucune raison d’avoir peur
Ta mère s’appelle Mary Lee et elle t’a dit
Que les yeux de la grande faucheuse ne se poseront pas sur toi
Car il n’existe pas de cercueil dont tu ne saurais t’échapper

Francis Carpentier

Note :

Bror Gunnar Janson est né en 1986 dans le petit village suédois de Lenum. Très jeune il est initié au blues par son père qui est contrebassiste dans le groupe Serve You to Right to Suffer - ce nom est un hommage à John Lee Hooker dont c’est le titre l’une de ses compositions et l’un de ses très nombreux albums (1965) -. Encore gamin, Bror Gunnar Janson fait ses premières armes dans le groupe de son père, du violoncelle jusqu’à la basse électrique en passant par la contrebasse et le saxophone.
En 2012, sort son premier album solo– à 100 exemplaires mais réédité depuis -. C’est l’album d’un homme-orchestre qui comme sur scène permet de découvrir un blues âpre et épuré que Bror Gunnar Janson interprète seul en jouant en même temps de la guitare, de la grosse caisse et tout en chantant. Il est tout aussi talentueux dans ses propres compositions que dans ses adaptions de classiques traditionnels auxquels il apporte indéniablement une touche très personnel que l’on peut qualifier de « près de l’os ». En 2014, son second album : Moan Shake Moan, confirme que Bror Gunnar Janson est l’une des jeunes valeurs les plus solides du blues actuel et qui nous permet de constater que le blues le plus authentique n’est toujours pas moribond.
Christian-Edziré Déquesnes

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