TALKING BLUES POUR HARMONICA FRANK FLOYD
Salut,
l’enfant de la balle
qui
naquis entre deux balles de coton
sur
les bords du Mississipi !
La
balle a rebondi plop plop plop plop,
et
pchittt ! Elle t’a laissé chez les bouseux
dans
le foin d’une grange peinte en rouge.
T’as
un çeveu sur la langue et une paille dans l’œil,
et
les braves-gens-n’aiment-pas-que en herbe,
déjà
tout charpentés de la mirette,
ils
se moquent de toi
quand
t’arrives en retard à l’école du dimanche.
Ça
ne fait rien garçon, tire un coup de chapeau,
bourre
ton harmonica et fume la musique.
Salut,
le va-nu-pieds qui cours d’un tronc à l’autre
Sur
le train de bois des pirouettes qui descend l’Arkansas !
Tout
l’hiver t’as fais le jacques dans les campements de bûcherons
en
les faisant rire avec les aventures salaces d’une queue de castor,
et
les rroenf rroenf rroenf rroenf de la truie chaudasse
qui
est tombée sur l’âne vaillant - hi han hi han hi han -
et
les glout’glout’glout’glout’glout’glout
de
la miss-la-dinde qui gobe tout ce que Père Noël lui raconte.
Pauvre
pitre tout ça ne t’a pas rapporté un rond :
quand
ils ont eu fini de rigoler
ils
t’ont mis au turbin pour payer ta gamelle.
Ça
ne fait rien garçon, tire un coup de chapeau,
bourre
ton harmonica et fume la musique.
Salut,
l’homme orchestre qui sillonne les pistes du Middle West
dans
la carriole déglinguée d’un vendeur de potion-miracle !
Ton
patron te paie au lance-pierre
pour
jouer des folksongs avant son boniment.
Tous
ces péquenauds de trous perdus croient dur comme fer
que
sa panacée va les guérir de tous leurs maux
et
leur rendre de la vigueur au lit.
Mais
toi, quand tu racontes qu’un jour de grande sécheresse,
l’évaporation
de l’eau a été si brutale, l’étiage si soudain
que
t’ as vu voler les poissons chats dans le lit du fleuve à sec,
ils
le prennent à la rigolade et disent que t’es un sacré poète.
Ça
ne fait rien garçon, tire un coup de chapeau,
bourre
ton harmonica et fume la musique.
Salut,
le bluesy-blueseur qui chante dans les bars à ploucs
en
singeant le caniche amoureux et la biquette intimidée !
Croacroa !
coincoin ! miaou ! t’es une vraie ménagerie à toi tout
/ seul.
Mais
ton yankee doodle a du chimi dans l’aile,
et
thsep-thsep- thsep-thchioup, de la purée de mots plein les
/ dents :
ou
bien c’est qu’il a bu, ou c’est qu’il lui faudrait
un
sacré coup à boire pour le remettre d’aplomb !
Alors
tu le secoues, rock ! rock ! rock ! et tu lui fais
descendre
le
fleuve jusqu’à Memphis à bord d’un rocking-chair…
Tu
viens d’inventer le rock’n roll.
Mais
ton nom a beau figurer sur l’étiquette de sa chemise,
/tu
n’en verras pas la monnaie.
bourre
ton harmonica et fume la musique.
Francis Carpentier
Frank
Floyd est né sans prénom, le 10 octobre 1908 à Toccopola dans le
Mississippi (Il se fait appeler « Shank » et choisit
« Frank » à l’adolescence). En 1954, Sam Philips veut
pour son label Sun :
Un Blanc qui ait un son et une sensibilité noire, dans
cette optique, il trouve « Harmonica » Frank et lui fait
enregistrer un incroyable 45 tours :
Rockin’ Chair Daddy » et The Great Medical Menagerist.
À notre connaissance peut de disques d’ « Harmonica »
Frank Floyd existent et rares sont les ré-éditions :
- « Harmonica »
Frank Floyd – 33 tours-14 titres/adelphi Records - 1976.
- Great Medical Menagerist – cd-12 titres/Edsel EDCD 384 – 1997.
- The
Missing Link – cd-17 titres/ Memphis International Records - 2002.
- Mouthin’Blood
Blues/Original Early Recordings – 25 cm- 9 titres
/ Hog Maw record co. – 2010.
Greil
Marcus, en 1975, dans son remarquable livre,
Mystery Train. Image of America in Rock’n Roll Music*, consacre
de très nombreuses pages à « Harmonica Frank Floyd ».
Elles ont permis à ce que l’on redécouvre ce phénomène de
l’histoire de la musique populaire de l’Amérique du Nord,
l’homme qui chantait, vociférait tout en soufflant d’un
harmonica tenu entre ses dents tel un gros cigare tout en
s’accompagnant à la guitare acoustique.
Christian-Edziré Déquesnes
*paru
en France sous le simple titre :
Mystery Train – édition folioactuel/2003.

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