jeudi 9 mars 2017

HARMONICA FRANK FLOYD - PLATS DU JOUR [revisité] - 5.



TALKING BLUES POUR HARMONICA FRANK FLOYD


Salut, l’enfant de la balle
qui naquis entre deux balles de coton
sur les bords du Mississipi !
La balle a rebondi plop plop plop plop,
et pchittt ! Elle t’a laissé chez les bouseux
dans le foin d’une grange peinte en rouge.
T’as un çeveu sur la langue et une paille dans l’œil,
et les braves-gens-n’aiment-pas-que en herbe,
déjà tout charpentés de la mirette,
ils se moquent de toi
quand t’arrives en retard à l’école du dimanche.
Ça ne fait rien garçon, tire un coup de chapeau,
bourre ton harmonica et fume la musique.

Salut, le va-nu-pieds qui cours d’un tronc à l’autre
Sur le train de bois des pirouettes qui descend l’Arkansas !
Tout l’hiver t’as fais le jacques dans les campements de bûcherons
en les faisant rire avec les aventures salaces d’une queue de castor,
et les rroenf rroenf rroenf rroenf de la truie chaudasse
qui est tombée sur l’âne vaillant - hi han hi han hi han -
et les glout’glout’glout’glout’glout’glout
de la miss-la-dinde qui gobe tout ce que Père Noël lui raconte.
Pauvre pitre tout ça ne t’a pas rapporté un rond :
quand ils ont eu fini de rigoler
ils t’ont mis au turbin pour payer ta gamelle.
Ça ne fait rien garçon, tire un coup de chapeau,
bourre ton harmonica et fume la musique.

Salut, l’homme orchestre qui sillonne les pistes du Middle West
dans la carriole déglinguée d’un vendeur de potion-miracle !
Ton patron te paie au lance-pierre
pour jouer des folksongs avant son boniment.
Tous ces péquenauds de trous perdus croient dur comme fer
que sa panacée va les guérir de tous leurs maux
et leur rendre de la vigueur au lit.
Mais toi, quand tu racontes qu’un jour de grande sécheresse,
l’évaporation de l’eau a été si brutale, l’étiage si soudain
que t’ as vu voler les poissons chats dans le lit du fleuve à sec,
ils le prennent à la rigolade et disent que t’es un sacré poète.
Ça ne fait rien garçon, tire un coup de chapeau,
bourre ton harmonica et fume la musique.

Salut, le bluesy-blueseur qui chante dans les bars à ploucs
en singeant le caniche amoureux et la biquette intimidée !
Croacroa ! coincoin ! miaou ! t’es une vraie ménagerie à toi tout
/ seul.
Mais ton yankee doodle a du chimi dans l’aile,
et thsep-thsep- thsep-thchioup, de la purée de mots plein les
/ dents :
ou bien c’est qu’il a bu, ou c’est qu’il lui faudrait
un sacré coup à boire pour le remettre d’aplomb !
Alors tu le secoues, rock ! rock ! rock ! et tu lui fais descendre
le fleuve jusqu’à Memphis à bord d’un rocking-chair…
Tu viens d’inventer le rock’n roll.
Mais ton nom a beau figurer sur l’étiquette de sa chemise,
/tu n’en verras pas la monnaie.
Ça ne fait rien garçon, tire un coup de chapeau,
bourre ton harmonica et fume la musique.
Francis Carpentier

Frank Floyd est né sans prénom, le 10 octobre 1908 à Toccopola dans le Mississippi (Il se fait appeler « Shank » et choisit « Frank » à l’adolescence). En 1954, Sam Philips veut pour son label Sun : Un Blanc qui ait un son et une sensibilité noire, dans cette optique, il trouve « Harmonica » Frank et lui fait enregistrer un incroyable 45 tours : Rockin’ Chair Daddy » et The Great Medical Menagerist. À notre connaissance peut de disques d’ « Harmonica » Frank Floyd existent et rares sont les ré-éditions :

- « Harmonica » Frank Floyd – 33 tours-14 titres/adelphi Records - 1976.

 - Great Medical Menagerist – cd-12 titres/Edsel EDCD 384 – 1997.

- The Missing Link – cd-17 titres/ Memphis International Records - 2002.

- Mouthin’Blood Blues/Original Early Recordings – 25 cm- 9 titres 
Hog Maw record co. – 2010.  

Greil Marcus, en 1975, dans son remarquable livre, Mystery Train. Image of America in Rock’n Roll Music*, consacre de très nombreuses pages à « Harmonica Frank Floyd ». Elles ont permis à ce que l’on redécouvre ce phénomène de l’histoire de la musique populaire de l’Amérique du Nord, l’homme qui chantait, vociférait tout en soufflant d’un harmonica tenu entre ses dents tel un gros cigare tout en s’accompagnant à la guitare acoustique. 
Christian-Edziré Déquesnes

*paru en France sous le simple titre : Mystery Train – édition folioactuel/2003.

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