samedi 18 mars 2017

WILLIE DIXON - PLATS DU JOUR [revisité] - 14.

PLAT DU JOUR
À Francis Carpentier
et Arno Hintjens

Yeah yeah ! Le flamand bleu d’Ostende, une nuit, m’a dit 
 Toi, garçon, faut que t’écoute Willie, Willie Dixon ! 
 Le type qui plusieurs fois déjà m’a sauvé la vie 
 De par son LIttle Red Rooster et j’aime chanter ça !

Well Well ! Garçon tu veux danser maintenant ? Vas-y !
Tu peux te laisser, mais vas chercher, dans son coin, Libba,
N'oublies pas Rory ! Avec toi entraînes les  sur la piste de danse,
Vois ! Willie se fend la poire en tapant la mesure sur son bide.

Yeah yeah ! Makoto et Wilko ont pris leur guitare électrique. 
Bror cogne déjà la grosse caisse, C.W empoigne la contrebasse alors que Roland,Scott et Frank mouillent leurs harmonicas. 
Voyez ! Willie se marre en tapant la juste mesure sur son bide.

Well Well ! Ils nous refont le coup de Hoochie Coochie Man 
[I’M YOUR] et les joyeuses roubignoles rouges sont servies, 
C’est le plat du jour au 7iéme ciel sans enfer, ni paradis. 
Venez ! Willie chante en tapant la juste mesure sur son bide.
Yeah yeah ! Et ça rentre sans frapper ! V’là le gros du renfort, 
C’est Léo, Skip, Bo, Michaë l et Hound.
Qui dit : ils sont morts ? Faux ! 
Ils vivent car toujours avec eux nous chantons, dansons. La Preuve ? 
Willie hilare qui tape la juste mesure sur son bide.

Well Well ! Le flamand bleu d’Ostende, une nuit, m’a dit Toi garçon, 
faut que tu écoutes Willie, Willie Dixon ! 
Ce type, Francis, plusieurs fois, aussi, m’a sauvé la vie 
De par son Little Red Rooster...  Plat du jour, pour toujours.
                                                                                             Christian-Edziré Déquesnes  
Amand-les-Eaux, le 11.07.2017 – 16h04.
Note : 

Willie Dixon est né en 1915 à Vicksburg, port fluvial sur l’extrémité sud du Delta du Mississippi. Il est le septième fils des quatorze enfants de Daisy Dixon. Au grand désespoir de sa mère, le jeune Willie, en dépit de ses facultés intellectuelles [il a deux années d’avance à l’école], il privilégie très tôt la musique au détriment de ses études. Vicksburg est avant tout une ville de pianiste et Willie Dixon n’hésite pas à faire l’école buissonnière pour aller écouter les bluesmen du cru et surtout son idole Little Brother Montgomery. Parfois ses escapades sont plus que conséquentes, à douze ans il est confronté à la violence des prisons lors d’une première condamnation pour avoir récupéré des éléments de plomberie dans une maison abandonnée ; avec l’adolescence, les fugues se multiplient au cours desquelles il parvient à plusieurs reprises à se rendre à New York et Chicago où vit l’une de ses sœurs aînées. Quand Willie Dixon est à Vicksburg, il vit de petits boulots mais son plus grand plaisir est de se produire dans les églises avec un groupe de gospel : Union Jublilee Singer, qu’il a fondé et ce qui leur permet d’animer une émission depuis les studios d’une station de radio locale. Si Willie Dixon a déjà le coffre d’un chanteur, il a également la carrure d’un boxeur, un sport dans lequel il se défend fort honorablement mais il ne peut cependant pas espérer réussir dans cette discipline en restant dans le Mississippi, ce qui l’incite, en 1936, à émigrer pour Chicago. Au départ tout semble devoir lui réussir jusqu’au jour où il se fait exclure de la profession pour avoir confondu le bureau d’un haut-commissaire sportif avec un ring. Il reste la musique alors Willie Dixon s’empresse de reformer un groupe de gospel et c’est aussi sa rencontre décisive avec le pianiste et guitariste Leonard « Baby Doo » Caston qui l’incite à devenir musicien professionnel et qui lui fabrique même sa première contrebasse à l’aide d’une corde et d’une boite de conserve. Caston et Dixon jouent dans les rues, obtiennent leurs premiers engagements dans des clubs. En 1939, ils sont à la tête des Fives Breezes, un quintette avec lequel ils enregistrent pour la première fois, en 1940, sur le label Bluebird. Toutefois l’époque est difficile dans le contexte de la seconde guerre mondiale et de plus, les positions tranchées de Willie Dixon vont lui valoir de sérieux ennuis. Lors de la mobilisation générale, en 1941, il refuse d’aller se battre au nom de la défense des valeurs démocratiques d’une nation qui nie à la population noire ses droits les plus élémentaires. Willie Dixon est dans un premier temps incarcéré puis finalement réformé pour raison psychiatrique par l’armée américaine qui redoute que son exemple fasse des émules. Dès sa sortie de prison, Willie Dixon reprend ses activités musicales et il retrouve son ami « Baby Doo » et ils décrochent un contrat, en 1945, avec la firme Mercury et les deux complices forme un trio : Big Three [référence humoristique aux 3 gros de la seconde guerre mondiale, Roosevelt, Churchill et Staline]. 
Le Big Three Trio signe avec le label Columbia et ils obtiennent une série de hits dont You Sure Look Good To Me en 1948. Parallèlement à sa carrière de contrebassiste et vocaliste qui l’emmène trop souvent à son goût en tournée et sur les route, Willie Dixon décide de se consacrer à la composition, à l’écriture d’arrangements et à la production pour d’autres artistes du blues.
Très prolixe, Willie Dixon va offrir des classiques incontournables du blues à Robert Nighthawk [Sweet Black Angel], Muddy Water [I Just Want To Make Love To You, (I’m Your) Hoochie Coochie Man, I’m Ready], Lowell Fulson [Do ME Right, Tollin’ Bells] Jimmy Rogers [Walking Byself], Howlin’Wolf, [Sponnful, Back Door Man, Little Red Rooster], 
Sunnyland Slim [Highway 61], Little Walter [My Babe], Jimmy Witherspoon [When The Lights Go Out…] ; également il participe au balbutiements du rock’n roll en composant des titres pour Bo Diddley [Pretty Thing] et Chuck Berry, jouant de la basse sur les premiers enregistrements du rocker noir.. Mais bientôt,, en 1956, il prend conscience d’être exploité financièrement par ses employeurs et qu’il ne touche pas les dividendes que le succès de ses compositions et d’arrangeur en studio devraient lui rapporter. Willie Dixon décide de prendre ses distances vis-à-vis du milieu blues professionnel d’alors et notamment du label Chess pour lequel il a fourni un travail considérable. Il va désormais jouer la sage-femme car après avoir assisté et participé à l’éclosion du blues électrique du South Side, il aide Buddy Guy [Sit and Cry (The Blues)], Magic Sam [Easy Baby] et Otis Rush [I Can’t Quit You Baby] à accoucher de ce qu’on appelle bientôt le « West Side Sound », un genre qui allie les influences du Delta Blues au nouveau style de guitare très lyrique à la B.B. King et ce nouveau blues, fortement teinté de gospel, préfigure en partie ce qui va devenir par la suite la Soul Music du sud des States mais aussi le rock blues britannique.

L’influence et le travail de Willie Dixon sont donc prépondérants dans ce qui fut une véritable révolution dans la musique populaire du siècle 21. On peut encore citer ses collaborations, prestations et disques en duo, tout à fait prodigieux, avec le grand pianiste Memphis Slim ; le hit écrit pour Koko Taylor : Wang Dang Doodle ; Son extraordinaire dernier album sous son nom : Hidden Charms, avant de s’éteindre le 29 janvier 1992, en ayant su jusqu’au terme sa vie être fidèle à son idéal, comme la rappelé son épouse lors de ses funérailles : Willie croyait profondément à la diffusion d’un message de paix. Plus que tout, il voulait se battre afin d’obtenir l’égalité des chances pour tous. Quand il a écrit sa chanson May Not Be No Pie in The Sky When You Die, il pensait qu’il fallait se battre pour construire le paradis sur terre, et non pas seulement au ciel. C’était la mission qu’il s’était donner avec la Blue Heaven Fondation. Sa musique est là pour nous le rappeler.
Puis je me souviens souvent des mots d’Arno au sujet de Willie Dixon, lors de notre première rencontre en 1981 : Willie , Willie Dixon ! Il faut que tu écoutes ce type là. C’est l’homme qui m’a déjà plusieurs fois sauvé la vie.

Discographie recommandée et non exhaustive :
  • THE POET OF THE BLUES/Willie Dixon and The Friends – Coffret de 10 Cd, paru sur le label Membran.
  • THE WILLIE DIXON STORY – Coffret 4 cd et un livret, paru sur le label Proper.
  • WILLIE’S BLUES with Memphis Slim – paru le label Prestige/Bluesville 1003.
  • MEMPHIS SLIM & WILLIE DIXON – sur le label Folkways Records.
  • I AM THE BLUES – Paru sur le label Columbia.
  • HIDDEN CHARMS – [1988] sur le label Capitol/Bug.


**********
2 blues pour la fin de cette série :
PLATS DU JOUR
de Francis Carpentier
et Christian-Edziré Déquesnes
[les poèmes et notes seront à bientôt disponibles 
aux éditions du Petit Curé.
Renseignements et contact : christian.dequesnes@sfr.fr ]

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire