PLAT DU JOUR
À
Francis Carpentier
et Arno Hintjens
Yeah
yeah ! Le flamand bleu d’Ostende, une nuit, m’a dit
Toi, garçon, faut que t’écoute Willie, Willie Dixon !
Le type qui plusieurs fois déjà
m’a sauvé la vie
De par son
LIttle Red Rooster et j’aime chanter ça !
Well Well ! Garçon tu veux danser maintenant ? Vas-y !
Tu peux te laisser, mais vas chercher, dans son coin, Libba,
N'oublies pas Rory ! Avec toi entraînes les sur la piste de danse,
Vois ! Willie se fend la poire en tapant
la mesure sur son bide.
Yeah
yeah ! Makoto et Wilko ont pris leur guitare électrique.
Bror cogne déjà la grosse caisse, C.W empoigne la
contrebasse alors que Roland,Scott et Frank mouillent leurs
harmonicas.
Voyez ! Willie se marre
en tapant la juste mesure sur son bide.
Well
Well ! Ils nous refont le coup de Hoochie Coochie Man
[I’M YOUR] et les joyeuses roubignoles rouges sont servies,
C’est le plat du jour au 7iéme ciel sans
enfer, ni paradis.
Venez ! Willie chante en
tapant la juste mesure sur son bide.
Yeah
yeah ! Et ça rentre sans frapper ! V’là le gros du
renfort,
C’est Léo, Skip, Bo, Michaë l
et Hound.
Qui dit : ils sont morts ? Faux !
Ils
vivent car toujours avec eux nous chantons, dansons. La
Preuve ?
Willie hilare qui tape la juste mesure sur son bide.
Well
Well ! Le flamand bleu d’Ostende, une nuit, m’a dit
Toi garçon,
faut que tu écoutes Willie, Willie
Dixon !
Ce type, Francis,
plusieurs fois, aussi, m’a sauvé la vie
De par son Little Red Rooster... Plat du jour, pour toujours.
Christian-Edziré Déquesnes
Amand-les-Eaux, le 11.07.2017
– 16h04.
Note :
Willie
Dixon est né en 1915 à Vicksburg, port fluvial sur l’extrémité
sud du Delta du Mississippi. Il est le septième fils des quatorze
enfants de Daisy Dixon. Au grand désespoir de sa mère, le jeune
Willie, en dépit de ses facultés intellectuelles [il a deux années
d’avance à l’école], il privilégie très tôt la musique au
détriment de ses études. Vicksburg est avant tout une ville de
pianiste et Willie Dixon n’hésite pas à faire l’école
buissonnière pour aller écouter les bluesmen du cru et surtout son
idole Little Brother Montgomery. Parfois ses escapades sont plus que
conséquentes, à douze ans il est confronté à la violence des
prisons lors d’une première condamnation pour avoir récupéré
des éléments de plomberie dans une maison abandonnée ; avec
l’adolescence, les fugues se multiplient au cours desquelles il
parvient à plusieurs reprises à se rendre à New York et Chicago où
vit l’une de ses sœurs aînées. Quand Willie Dixon est à
Vicksburg, il vit de petits boulots mais son plus grand plaisir est
de se produire dans les églises avec un groupe de gospel :
Union Jublilee Singer, qu’il a fondé et ce qui leur permet
d’animer une émission depuis les studios d’une station de radio
locale. Si Willie Dixon a déjà le coffre d’un chanteur, il a
également la carrure d’un boxeur, un sport dans lequel il se
défend fort honorablement mais il ne peut cependant pas espérer
réussir dans cette discipline en restant dans le Mississippi, ce qui
l’incite, en 1936, à émigrer pour Chicago. Au départ tout semble
devoir lui réussir jusqu’au jour où il se fait exclure de la
profession pour avoir confondu le bureau d’un haut-commissaire
sportif avec un ring. Il reste la musique alors Willie Dixon
s’empresse de reformer un groupe de gospel et c’est aussi sa
rencontre décisive avec le pianiste et guitariste Leonard « Baby
Doo » Caston qui l’incite à devenir musicien professionnel
et qui lui fabrique même sa première contrebasse à l’aide d’une
corde et d’une boite de conserve. Caston et Dixon jouent dans les
rues, obtiennent leurs premiers engagements dans des clubs. En 1939,
ils sont à la tête des Fives Breezes,
un
quintette avec lequel ils enregistrent pour la première fois, en
1940, sur le label Bluebird. Toutefois l’époque est difficile dans
le contexte de la seconde guerre mondiale et de plus, les positions
tranchées de Willie Dixon vont lui valoir de sérieux ennuis. Lors
de la mobilisation générale, en 1941, il refuse d’aller se battre
au nom de la défense des valeurs démocratiques d’une nation qui
nie à la population noire ses droits les plus élémentaires. Willie
Dixon est dans un premier temps incarcéré puis finalement réformé
pour raison psychiatrique par l’armée américaine qui redoute que
son exemple fasse des émules. Dès sa sortie de prison, Willie Dixon
reprend ses activités musicales et il retrouve son ami « Baby
Doo » et ils décrochent un contrat, en 1945, avec la firme
Mercury et les deux complices forme un trio : Big Three
[référence
humoristique aux 3 gros de la seconde guerre mondiale, Roosevelt,
Churchill et Staline].
Le Big Three Trio signe avec le label Columbia
et ils obtiennent une série de hits dont You
Sure Look Good To Me en
1948. Parallèlement à sa carrière de contrebassiste et vocaliste
qui l’emmène trop souvent à son goût en tournée et sur les
route, Willie Dixon décide de se consacrer à la composition, à
l’écriture d’arrangements et à la production pour d’autres
artistes du blues.
Très
prolixe, Willie Dixon va offrir des classiques incontournables du
blues à Robert Nighthawk [Sweet
Black Angel],
Muddy Water [I
Just Want To Make Love To You, (I’m Your) Hoochie Coochie Man, I’m
Ready],
Lowell Fulson [Do
ME Right, Tollin’ Bells]
Jimmy Rogers [Walking
Byself],
Howlin’Wolf, [Sponnful,
Back Door Man, Little Red Rooster],
Sunnyland
Slim [Highway
61],
Little Walter
[My Babe], Jimmy
Witherspoon [When
The Lights Go Out…] ; également
il participe au balbutiements du rock’n roll en composant des
titres pour Bo Diddley [Pretty
Thing]
et Chuck Berry, jouant de la basse sur les premiers enregistrements
du rocker noir.. Mais bientôt,, en 1956, il prend conscience d’être
exploité financièrement par ses employeurs et qu’il ne touche pas
les dividendes que le succès de ses compositions et d’arrangeur en
studio devraient lui rapporter. Willie Dixon décide de prendre ses
distances vis-à-vis du milieu blues professionnel d’alors et
notamment du label Chess pour lequel il a fourni un travail
considérable. Il va désormais jouer la sage-femme car après avoir
assisté et participé à l’éclosion du blues électrique du South
Side, il aide Buddy Guy [Sit
and Cry (The Blues)],
Magic Sam [Easy
Baby]
et Otis Rush [I
Can’t Quit You Baby]
à accoucher de ce qu’on appelle bientôt le « West Side
Sound », un genre qui allie les influences du Delta Blues au
nouveau style de guitare très lyrique à la B.B. King et ce nouveau
blues, fortement teinté de gospel, préfigure en partie ce qui va
devenir par la suite la Soul Music du sud des States mais aussi le
rock blues britannique.
L’influence
et le travail de Willie Dixon sont donc prépondérants dans ce qui
fut une véritable révolution dans la musique populaire du siècle
21. On peut encore citer ses collaborations, prestations et disques
en duo, tout à fait prodigieux, avec le grand pianiste Memphis
Slim ; le hit écrit pour Koko Taylor : Wang
Dang Doodle ; Son
extraordinaire dernier album sous son nom : Hidden
Charms, avant
de s’éteindre le 29 janvier 1992, en ayant su jusqu’au terme sa
vie être fidèle à son idéal, comme la rappelé son épouse lors
de ses funérailles :
Willie croyait profondément à la diffusion d’un message de paix.
Plus que tout, il voulait se battre afin d’obtenir l’égalité
des chances pour tous. Quand il a écrit sa chanson May Not Be No Pie
in The Sky When You Die, il pensait qu’il fallait se battre pour
construire le paradis sur terre, et non pas seulement au ciel.
C’était la mission qu’il s’était donner avec la Blue Heaven
Fondation. Sa musique est là pour nous le rappeler.
Puis
je me souviens souvent des mots d’Arno au sujet de Willie Dixon,
lors de notre première rencontre en 1981 : Willie ,
Willie Dixon ! Il faut que tu écoutes ce type là. C’est
l’homme qui m’a déjà plusieurs fois sauvé la vie.
Discographie
recommandée et non exhaustive :
- THE POET OF THE BLUES/Willie Dixon and The Friends – Coffret de 10 Cd, paru sur le label Membran.
- THE WILLIE DIXON STORY – Coffret 4 cd et un livret, paru sur le label Proper.
- WILLIE’S BLUES with Memphis Slim – paru le label Prestige/Bluesville 1003.
- MEMPHIS SLIM & WILLIE DIXON – sur le label Folkways Records.
- I AM THE BLUES – Paru sur le label Columbia.
- HIDDEN CHARMS – [1988] sur le label Capitol/Bug.
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2 blues pour la fin de cette série :
PLATS DU JOUR
de Francis Carpentier
et Christian-Edziré Déquesnes
[les poèmes et notes seront à bientôt disponibles
aux éditions du Petit Curé.
Renseignements et contact : christian.dequesnes@sfr.fr ]

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