Cache-cache
blues
Toujours
la même histoire
Qui
remonte du fond des champs de coton
Celle
d’un type qui a bu tout son grain
Parce
qu’une femme l’a laissé tomber
Et
qu’il n’a plus le cœur à semer
Sa
terre est un champ de poussière
Où
ne poussent que des drames
Pourtant
la voix haut-perchée de Skip James
Y
cueille de la gaité malgré tout
Il
a pris le train pour Chicago
Où
il travaille aux abattoirs
A
force de charrier des tripes et des boyaux
Il
s’est mis plein de sang dans les yeux
Et
tout le whisky du monde
Ne
suffirait pas à les laver
Mais
en entendant les doigts de Skip James
Sautiller
sur les cordes de sa guitare
Il
se dit que la vie a du bon
Les
mains dans le cambouis d’une usine à Détroit
C’est
comme s’il avait encore des fers aux pieds
Ce
qui démolit un homme
C’est
d’être traité comme rien du tout
Et
traîner dans les bars n’arrange rien
Quand
on joue à cache-cache avec le diable
On
serait sûr de ne jamais gagner
S’il
n’y avait pas les touches du piano bastringue
Qui
font espérer mieux en dansant des claquettes
Quant
à cette fille qui volète d’homme en homme
Dès
qu’elle voit briller dans leurs mains des dollars
Cette
fille qui finira par se brûler les ailes
Aux
feux du plus salaud d’entre eux
Il
suffit que la voix haut-perchée de Skip James
Chante
le début de son histoire
Guitare
et piano connaissent la suite
Et
quand tout le monde reprendra le refrain en chœur
Cette
chanson ne sera plus tout à fait un blues triste
Francis
Carpentier
Note :
Nehemiah
Skip James est né le 9 juin 1902 à Bentonia [Mississippi] où il
grandit. Il apprend la guitare à la fin de son adolescence auprès
d’un musicien du cru, Henry Stuckey, puis il commence peu après
l’apprentissage du piano sous la tutelle d’un ancien artiste de
L’Arkansas, Will Crabtree. Musicien professionnel dès 1924, il
enregistre en 1931 selon des sources différentes de 26 à 70
chansons pour Paramount Records mais à ce jour il n’en reste que
18. La même année la firme fait faillite. Skip James n’est pas
intégralement payé alors il entre dans les ordres devenant pasteur.
On n’entend plus parler de lui jusqu’en 1964, année ou grâce au
guitariste Ishman Bracey, on le retrouve dans l’hôpital d’une
petite ville du Mississippi. Il est atteint d’un cancer qui
finalement aura raison de lui quelques années plus tard. Il meurt le
3 octobre 1969 à Philadelphia (Pennsylvanie). Entre temps,
redécouvert, il se retrouve programmé notamment au festival de
Newport alors qu’il n’avait plus joué depuis plusieurs
décennies ! Mais Skip James n’avait pas épuisé toutes ses
ressources et les 2 disques qu’il enregistre alors son largement à
la hauteur des plages gravées en 1931. Son jeu de guitare semble
encore plus fascinant : son jeu est une transcription
pianistique de ce qu’il fait habituellement à la guitare. Quand il
évoque son cancer dans des titres comme Washington
D.C Hospital Center Blues ou
Sick Bed Blues, il
place immédiatement l’auditeur dans l’univers de la souffrance
et de la mort. L’année de sa mort, en 1969, Eric Clapton avec son
groupe Cream reprend
I’m So Glad dont
le succès fait connaître à titre posthume à un public beaucoup
plus large le talent et le génie de Skip James dont la musique est
la plus étrange, mystérieuse du blues acoustique [il s’est
toujours accompagné seul à la guitare ou au piano]. Son répertoire
est certainement le plus sombre, le plus profond et spirituel, le
plus dépressif de toute l’histoire du blues [il court la rumeur
qu’un autre génie, pour le coup du folk anglais, le jeune Nick
Drake l’aurait longuement écoutée avant d’enregistrer et de se
suicider dans les années 70’s].
Skip
James avait la mort dans sa voix ; sa musique, d’une
implacable pureté, d’un intimisme sans précédent glace les
sangs. Le dénuement total de cette voix de spectre est véritablement
terrifiant. Skip James s’exprimait dans le Bentonia
Style dont on ne sait
pas d’où il venait, espèce d’anomalie régionale. Le chant en
falsetto, plus soufflé que chanté, et le jeu de guitare – le sien
spécialement – est unique : des basses très complexes, à la
rythmique inédite, semblent heurtée mais en fait impeccablement
réglée, alternant des aigus cristallins en cascades ou en
dissonance. Le tout donne une grande impression de malaise, tous les
blues sont interprétés dans une tonalité mineure, la voix en
falsetto improvise des mélodies d’une tristesse sans nom sur des
paroles d’halluciné. Les
titres Devil
Got My Woman, Cypress Groove Blues, Hardtime Killing Floor Blues ou
Look
At The People Standing At The Judgement sont
déjà tout un programme.
Christian-Edziré
Déquesnes
Discographie officielle
:
- Skip James/The complete 1931 recording sur Body & Soul Records
- Today ! [1966] Recording sur Vanguard Records.
- Devil Got MyWoman [1966] Recording sur Vanguard Records.
- Studio Sessions/Rare & Unreleased [19 titres enregistrés en 1967) paru en 2003 sur Ace Records

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