KLADDERADADADATCH !
lignes voix proies
prise de bec mis au bout de langue et
tique toque l’hôte perce-oreille flûte baroque
dodécaphonique il s’agite
toilette tuba sur table formica
rouleau troué carton harmonica
tralala cacao sans sainte phonie ci-gît
souffle ici iceberg taïga amygdales
pédalo trémolo solo rayon vices clous et que dale
contes de poireaux et de barbe à papa
bal d’aphonies et guinguette simili latex sans sexe
– le
violon se scie le tronc bon train –
s’use le sillon en boucle d’oreille
gratte la pie qui chante
sature orgue en pipe
et manivelle clairon de bon ton
gauche droite talons
droite gauche flonflons
la Tamise coule dans la chemise
ou est-ce l’inverse ?
pipistrelle ménestrel
passe
banjo
version jargon chasse
– le
violon d’Ingres reprend le refrain –
le théâtre permet
la musique en singlet
puis
la sangle du corset s’accorde
multi-dextre pianote
giga-gigote
la glotte
colonne vertébrale du colonel
accueille acupuncture solennelle
ce n’est pas tout !
à s’y tromper
l’éléphant baritonne-t-il ?
– le
violon s’arc-boute, c’est divin –
la corne muse
le Tara biscote
l’univers par ses éclairs
tamboure notre cruelle chair
de conserve en pot-au-feu au cul de la bute
le ping du pong des fois précède
en quête du prépuce
par manque du jeu de puces
olé !
oléoduc hélicon de serpent à sonnette
la Transylvanie se mord les andouillettes
se mange les boulettes
s’installent les borborygmes qui content fleurette
sur la voie ferrée ils font grimpette
– et le
violon ?
le cor des Alpes se déguise en didgeridoo
s’élance comme boomerang d’honneur dans les choux en fleurs
et la cadence danse
se met en trance
émet l’assonnance
– le violon du non-dit n’en finit –
(écrit en
écoutant : Jean Dubuffet - Expériences Musicales 1961)
Note :
La notoriété de Jean Dubuffet [1901-1985] en
tant que peintre, sculpteur, plasticien et premier théoricien de l’art brut
n’est plus à faire. Il a nommé « art brut » toutes formes de
productions, peinture, sculpture, calligraphie qui sont l’œuvre par des
marginaux, des malades mentaux. Jean Dubuffet a énormément contribué à faire
connaître et diffuser le travail de nombreux artistes de l’art brut dont il
avouait lui-même s’être largement inspiré pour la création de son propre art.
Beaucoup moins connue, voir ignorée est l’œuvre
musicale de Jean Dubuffet qui en 1961 enregistre un ensemble de 20 pièces qui
font l’objet, la même année, de l’édition d’un coffret, limité à 60
exemplaires, de 6 disques vinyles. En 1991, neuf des vingt pièces originales
ont été réédités dur un cd intitulé : Expériences musicales de Jean Dubuffet ou
la Musique chauve [Circé/Mandela/Fondation
Dubuffet]. En 2012, un double cd, intitulé à la suite Expériences musicales
de Jean Dubuffet (II) se compose des 11
pièces restantes du coffret original, de plus un livret très riche l’accompagne
dont nous vous livrons quelques extraits : « Je crois que notre musique occidentale est un avatar parmi
toutes les possibilités qui s’offraient à la musique. Maintenant on s’imagine,
par erreur d’optique, que c’est une sorte de musique très spécieuse parmi des
millions de possibilités qui s’offraient et qui, pareillement, s’offriront
demain (…) J’ai voulu, dans ma musique, me mettre dans la position d’un homme
d’il y a cinquante mille ans, qui ignorerait tout de la musique occidentale et
qui s’inventerait une musique sans aucune référence, sans aucune discipline,
rien qui ne puisse l’empêcher de s’exprimer, tout à fait librement pour son bon
plaisir. C’est exactement ce que j’ai cherché à faire dans ma peinture
seulement avec cette différence que la peinture je la connais, je l’ai étudiée
[…] au lieu que la musique je ne la connais pas et c’est ce qui me donnait un
certain avantage dans mes expériences musicales. Je n’avais aucun effort à
faire, quoique ça soit, puisque je ne savais rien. […] Je trouve que la vraie
musique ne doit pas s’écrire, que toute musique écrite est une fausse musique,
que la notation musicale qui a été adopté en Occident, avec ses notes sur des
portées et avec ses douze sons de l’octave, c’est une notation extrêmement
pauvre, et qui ne permet certainement pas de noter les sons, qui ne permet de
faire qu’une musique tout à fait spécieuse qui n’a rien à voir avec la vraie
musique. La vraie musique, il est impossible de l’écrire, sinon de l’écrire
avec une pointe dans la cire et c’est ce qu’on fait maintenant avec les
disques. Cela, c’est une sorte d’écriture et la seule qui convienne à la
musique » - Jean Dubuffet,
propos qui proviennent d’un entretien qu’Ilhan Mimaroglu a eu avec l’artiste à
Paris en juillet 1969. Il reste à préciser que Jean Dubuffet a, en définitive,
abandonné ses expériences musicales, non pas parce qu’elles étaient en
opposition avec son travail de peintre, mais parce qu’elles exigeaient de lui tout
autant de temps, d’applications – et de passions.
-
JEAN DUBUFFET 1961-Expériences musicales de Jean Dubuffet
(II) : RUMPSTI PUMSTI (MUSIC) EDITION NUMMER 13. Berlin &
Fondation Dubuffet Paris. 2012.
Le disque [2 cd + livret] est disponible et en vente par correspondance
via www.metamkine.com


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