jeudi 30 mars 2017

MUSE HIC ! -1. JEAN DUBUFFET - Kladderadadadatch !



KLADDERADADADATCH !

lignes voix proies
prise de bec mis au bout de langue et
tique toque l’hôte perce-oreille flûte baroque
dodécaphonique il s’agite 

toilette tuba sur table formica
rouleau troué carton harmonica
tralala cacao sans sainte phonie ci-gît     

souffle ici iceberg taïga amygdales
pédalo trémolo solo rayon vices clous et que dale

contes de poireaux et de barbe à papa
bal d’aphonies et guinguette simili latex sans sexe

                – le violon se scie le tronc bon train –

s’use le sillon en boucle d’oreille
gratte la pie qui chante
sature orgue en pipe
et manivelle clairon de bon ton

gauche droite talons
droite gauche flonflons
la Tamise coule dans la chemise
ou est-ce l’inverse ?

pipistrelle ménestrel passe                                                                     
banjo version jargon chasse

                – le violon d’Ingres reprend le refrain –

le théâtre permet
la musique en singlet
puis
la sangle du corset s’accorde
multi-dextre pianote
giga-gigote
la glotte

colonne vertébrale du colonel
accueille acupuncture solennelle
ce n’est pas tout !
à s’y tromper
l’éléphant baritonne-t-il ?

                – le violon s’arc-boute, c’est divin –

la corne muse
le Tara biscote
l’univers par ses éclairs
tamboure notre cruelle chair

de conserve en pot-au-feu au cul de la bute
le ping du pong des fois précède
en quête du prépuce
par manque du jeu de puces

olé !
oléoduc hélicon de serpent à sonnette
la Transylvanie se mord les andouillettes
se mange les boulettes
s’installent les borborygmes qui content fleurette
sur la voie ferrée ils font grimpette

                – et le violon ?

le cor des Alpes se déguise en didgeridoo
s’élance comme boomerang d’honneur dans les choux en fleurs
et la cadence danse
se met en trance
émet l’assonnance

– le violon du non-dit n’en finit –

(écrit en écoutant : Jean Dubuffet - Expériences Musicales 1961)


Note :

La notoriété de Jean Dubuffet [1901-1985] en tant que peintre, sculpteur, plasticien et premier théoricien de l’art brut n’est plus à faire. Il a nommé « art brut » toutes formes de productions, peinture, sculpture, calligraphie qui sont l’œuvre par des marginaux, des malades mentaux. Jean Dubuffet a énormément contribué à faire connaître et diffuser le travail de nombreux artistes de l’art brut dont il avouait lui-même s’être largement inspiré pour la création de son propre art.
Beaucoup moins connue, voir ignorée est l’œuvre musicale de Jean Dubuffet qui en 1961 enregistre un ensemble de 20 pièces qui font l’objet, la même année, de l’édition d’un coffret, limité à 60 exemplaires, de 6 disques vinyles. En 1991, neuf des vingt pièces originales ont été réédités dur un cd intitulé : Expériences musicales de Jean Dubuffet ou la Musique chauve [Circé/Mandela/Fondation Dubuffet]. En 2012, un double cd, intitulé à la suite Expériences musicales de Jean Dubuffet (II) se compose des 11 pièces restantes du coffret original, de plus un livret très riche l’accompagne dont nous vous livrons quelques extraits : « Je crois que notre musique occidentale est un avatar parmi toutes les possibilités qui s’offraient à la musique. Maintenant on s’imagine, par erreur d’optique, que c’est une sorte de musique très spécieuse parmi des millions de possibilités qui s’offraient et qui, pareillement, s’offriront demain (…) J’ai voulu, dans ma musique, me mettre dans la position d’un homme d’il y a cinquante mille ans, qui ignorerait tout de la musique occidentale et qui s’inventerait une musique sans aucune référence, sans aucune discipline, rien qui ne puisse l’empêcher de s’exprimer, tout à fait librement pour son bon plaisir. C’est exactement ce que j’ai cherché à faire dans ma peinture seulement avec cette différence que la peinture je la connais, je l’ai étudiée […] au lieu que la musique je ne la connais pas et c’est ce qui me donnait un certain avantage dans mes expériences musicales. Je n’avais aucun effort à faire, quoique ça soit, puisque je ne savais rien. […] Je trouve que la vraie musique ne doit pas s’écrire, que toute musique écrite est une fausse musique, que la notation musicale qui a été adopté en Occident, avec ses notes sur des portées et avec ses douze sons de l’octave, c’est une notation extrêmement pauvre, et qui ne permet certainement pas de noter les sons, qui ne permet de faire qu’une musique tout à fait spécieuse qui n’a rien à voir avec la vraie musique. La vraie musique, il est impossible de l’écrire, sinon de l’écrire avec une pointe dans la cire et c’est ce qu’on fait maintenant avec les disques. Cela, c’est une sorte d’écriture et la seule qui convienne à la musique » - Jean Dubuffet, propos qui proviennent d’un entretien qu’Ilhan Mimaroglu a eu avec l’artiste à Paris en juillet 1969. Il reste à préciser que Jean Dubuffet a, en définitive, abandonné ses expériences musicales, non pas parce qu’elles étaient en opposition avec son travail de peintre, mais parce qu’elles exigeaient de lui tout autant de temps, d’applications – et de passions.

-        JEAN DUBUFFET 1961-Expériences musicales de Jean Dubuffet (II) : RUMPSTI PUMSTI (MUSIC) EDITION NUMMER 13. Berlin & Fondation Dubuffet Paris. 2012.
Le disque [2 cd + livret] est disponible et en vente par correspondance via www.metamkine.com 

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