BLUES POUR HOUND DOG TAYLOR
Rends-lui
sa perruque, il a besoin d’un couvercle,
Il
a trop d’idées qui bouillonnent dans sa tête,
Trop
de tempêtes sous son crâne,
Comme
disait le poète.
C’est
le diable qui a bu le fond de la bouteille.
Sa
mère l’aimait trop, les rêves qu’elle lui a tissés
Sont
trop grands pour franchir les petites portes de la vie
Et
on lui ferme au nez les autres
A
cause de son pedigree.
C’est
le diable qui l’a fait naître royal poubelle.
Sa
perruque a la raie bien peignée au milieu
Pour
montrer qu’il voudrait bien rentrer dans le rang.
Chaque
fois que son cœur s’enflamme
Et
lui monte à la tête,
C’est
le diable qui le fait bouillir pour qu’il explose.
Rends-lui
sa perruque et laisse s’envoler son âme,
Il
n’a pas besoin de savoir où elle va,
Il
lui suffit de cavaler
Sur
les douze mesures
C’est
le diable qui s’est chargé d’accorder sa guitare.
Francis Carpentier
Note :
Théodore
Rooswelt Taylor dit Hound Dog Taylor était un chanteur, guitariste
et auteur-compositeur de blues. Il est né en 1915 à Natchez dans
l’état du Mississippi. Il commence à jouer de la guitare et du
piano à 20 ans. En 1942, il part vivre à Chicago mais ne se
consacrera pleinement à la musique qu’en 1957, il enregistre
quelques 45 tours, tout en demeurant fort peu connu au-delà de
Chicago. En 1967, il participe toutefois à la fameuse tournée
européenne qui qui a lieu tous les ans :
The American Folk Blues Festival, durant
laquelle il joue au côté de la chanteuse Koko Taylor et de
l’harmoniciste Little Walter. En 1969, un jeune employé, Bruce
Iglauer, du label Delmark
Records découvre
Hound Dog Taylor et son groupe The
Houserockers
[composé de Bruce Phillips à la seconde guitare et de Ted Harvey à
la batterie]. Bruce Iglauer ne parvient pas à convaincre son
employeur de signer le trio pour lequel il a eu plus qu’un gros
coup de cœur, il décide alors de créer sa propre maison de
disque : Alligator
Records,
pour produire Hound
Dog Taylor & the Houserockers qui
n’enregistreront officiellement que 3 albums, dont le dernier est
posthume, car
Hound
Dog Taylor décède d’un cancer en 1975.
1971
– Hound Dog Taylor & The Houserockers /Alligators records.
1973
– Natural Boogie / Alligators records.
1976
– Beware of the Dog [Live] / Alligators records.
Par
suite de 1982 à 2004, diverses compilations [avec des inédits] et
des enregistrements en public ont été éditées en cd, au total une
dizaine, par divers labels (Alligator Records, Chess records, Wolf
records, JSP Records, New Rose/Fan Club et Charly Records). Il existe
également un 33 tours vinyle (devenu rare car non réédité à ce
jour) :
Kings of the Slide Guitar [JPS records] qui
reprend, sur la face A, 5 titres enregistrés durant les 60’s
[s’agit de certains des titres parus en 45 tours ? Les notes
n’indiquent rien à ce sujet] et déjà sur ces morceaux Hound Dog
Taylor est accompagné par Brewer Philips (guitare) et Ted Harvey
(drums) mais également on y entend Dave Myers à la basse et le
talentueux harmoniciste Walter Horton.
Le
blues électrique de Hound Dog Taylor, dépouillé, âpre, au son
sauvage, peut être sans retenue qualifié
de crade et jubilatoire. Les phrasés en slide de sa guitare sont
inimitables, stridents et saturés. Hound Dog Taylor n’est pas à
proprement parler un virtuose, il a toujours joué sur sa guitare bon
marché de marque Teisco
del Rey branchée
sur son ampli Sears
Roebuck mais
il savait utiliser d’eux toutes les ressources pour avoir un son
inimitable, vivifiant, tonique ; il avait pour habitude de
dire :
When i die, they’ll say « he couldn’t play shit, but he
sure made it sound good /Quand je serai mort, on dira « Il
jouait comme une merde, mais il la faisait sonner sacrément bien ».
Enfin,
Hound Dog Taylor était atteint de polydactylie, un 6iéme petit
doigt à chaque main ; un jour de cuite, il s’est amputé du
6iéme de la main droite avec une lame de rasoir.
Christian-Edziré Déquesnes

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