vendredi 10 mars 2017

HOUND DOG TAYLOR - PLATS DU JOUR [revisité] - 6.



BLUES POUR HOUND DOG TAYLOR

Rends-lui sa perruque, il a besoin d’un couvercle,
Il a trop d’idées qui bouillonnent dans sa tête,
Trop de tempêtes sous son crâne,
Comme disait le poète.
C’est le diable qui a bu le fond de la bouteille.

Sa mère l’aimait trop, les rêves qu’elle lui a tissés
Sont trop grands pour franchir les petites portes de la vie
Et on lui ferme au nez les autres
A cause de son pedigree.
C’est le diable qui l’a fait naître royal poubelle.

Sa perruque a la raie bien peignée au milieu
Pour montrer qu’il voudrait bien rentrer dans le rang.
Chaque fois que son cœur s’enflamme
Et lui monte à la tête,
C’est le diable qui le fait bouillir pour qu’il explose.
Rends-lui sa perruque et laisse s’envoler son âme,
Il n’a pas besoin de savoir où elle va,
Il lui suffit de cavaler
Sur les douze mesures
C’est le diable qui s’est chargé d’accorder sa guitare.
Francis Carpentier
Note :

Théodore Rooswelt Taylor dit Hound Dog Taylor était un chanteur, guitariste et auteur-compositeur de blues. Il est né en 1915 à Natchez dans l’état du Mississippi. Il commence à jouer de la guitare et du piano à 20 ans. En 1942, il part vivre à Chicago mais ne se consacrera pleinement à la musique qu’en 1957, il enregistre quelques 45 tours, tout en demeurant fort peu connu au-delà de Chicago. En 1967, il participe toutefois à la fameuse tournée européenne qui qui a lieu tous les ans : The American Folk Blues Festival, durant laquelle il joue au côté de la chanteuse Koko Taylor et de l’harmoniciste Little Walter. En 1969, un jeune employé, Bruce Iglauer, du label Delmark Records découvre Hound Dog Taylor et son groupe The Houserockers [composé de Bruce Phillips à la seconde guitare et de Ted Harvey à la batterie]. Bruce Iglauer ne parvient pas à convaincre son employeur de signer le trio pour lequel il a eu plus qu’un gros coup de cœur, il décide alors de créer sa propre maison de disque : Alligator Records, pour produire Hound Dog Taylor & the Houserockers qui n’enregistreront officiellement que 3 albums, dont le dernier est posthume, car Hound Dog Taylor décède d’un cancer en 1975.

1971 – Hound Dog Taylor & The Houserockers /Alligators records.
1973 – Natural Boogie / Alligators records.
1976 – Beware of the Dog [Live] / Alligators records.

Par suite de 1982 à 2004, diverses compilations [avec des inédits] et des enregistrements en public ont été éditées en cd, au total une dizaine, par divers labels (Alligator Records, Chess records, Wolf records, JSP Records, New Rose/Fan Club et Charly Records). Il existe également un 33 tours vinyle (devenu rare car non réédité à ce jour) : Kings of the Slide Guitar [JPS records] qui reprend, sur la face A, 5 titres enregistrés durant les 60’s [s’agit de certains des titres parus en 45 tours ? Les notes n’indiquent rien à ce sujet] et déjà sur ces morceaux Hound Dog Taylor est accompagné par Brewer Philips (guitare) et Ted Harvey (drums) mais également on y entend Dave Myers à la basse et le talentueux harmoniciste Walter Horton.

Le blues électrique de Hound Dog Taylor, dépouillé, âpre, au son sauvage, peut être sans retenue qualifié de crade et jubilatoire. Les phrasés en slide de sa guitare sont inimitables, stridents et saturés. Hound Dog Taylor n’est pas à proprement parler un virtuose, il a toujours joué sur sa guitare bon marché de marque Teisco del Rey branchée sur son ampli Sears Roebuck mais il savait utiliser d’eux toutes les ressources pour avoir un son inimitable, vivifiant, tonique ; il avait pour habitude de dire : When i die, they’ll say « he couldn’t play shit, but he sure made it sound good /Quand je serai mort, on dira « Il jouait comme une merde, mais il la faisait sonner sacrément bien ».

Enfin, Hound Dog Taylor était atteint de polydactylie, un 6iéme petit doigt à chaque main ; un jour de cuite, il s’est amputé du 6iéme de la main droite avec une lame de rasoir.
Christian-Edziré Déquesnes

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